Biathlon: Julia Simon a le "coeur léger" mais n'est "pas rassasiée" (à l'AFP)
"Exténuée" mais le "coeur léger" et avec la "satisfaction du travail accompli" après ses trois médailles d'or aux JO-2026, la biathlète Julia Simon prévient qu'elle ne ne sent pour l'instant "pas rassasiée", l'oeil rêveur tourné vers les JO-2030 dans les Alpes françaises.
Après un début de saison retardé par une suspension d'un mois, conséquence de sa condamnation pour vol et fraude à la carte bancaire, la Savoyarde de 29 ans affirme dans un entretien accordé à l'AFP avoir "retrouvé la paix" à "l'intérieur" et besoin de temps pour redescendre de toute l'effervescence de la saison écoulée.
Q: avec vos trois médailles d'or aux Jeux olympiques, avez-vous l'impression d'avoir atteint le sommet de votre carrière de biathlète ?
R: "Quand j'étais petite, je rêvais d'être championne olympique, d'être championne du monde, de gagner des courses. J'ai gagné un gros globe, j'ai été championne du monde dix fois. C'est vrai que j'ai gagné tout ce que je voulais, mais je ne me sens pas rassasiée non plus."
Q: vous l'avez répété après cette médaille: vous aviez besoin qu'on vous "foute la paix". Vous l'avez maintenant ?
R: "Je suis rentrée à la maison après les Jeux, fatiguée forcément, exténuée, mais je ne me suis jamais sentie avec le coeur aussi léger que là, donc j'ai vraiment la satisfaction du travail accompli, bien fait surtout, et d'avoir réussi. Donc la paix je l'ai retrouvée aussi à l'intérieur, en me disant que tout ce que j'ai mis en place depuis quinze ans que je fais du biathlon, je l'ai acquis. Et c'est fort agréable d'avoir ce sentiment-là."
Q: vous sortez d'une saison éreintante physiquement et émotionnellement. Envisagez-vous de prendre un peu plus de repos ?
R: "Le repos est vraiment nécessaire cette année. Je sens que la pression et la fatigue ont été tellement importantes que j'ai besoin de plus de temps. Je vais prendre trois semaines de plus, et peut-être plus si besoin. Je verrai comment je me sens au moment de reprendre, si le corps répond vraiment."
Q: vous sentez-vous préparée à cette descente d'adrénaline et émotionnelle ?
R: "C'est l'expérience. J'ai l'impression de moins subir mes fins de saison qu'il y a quelques années. C'était limite synonyme d'une petite déprime, je ne vais plus voir les copines étrangères, il n'y a plus tout ces voyages. On rentre à la maison, c'est un grand moment de calme. Avec l'âge, je l'appréhende déjà de mieux en mieux et ces moments-là me paraissent de plus en plus nécessaires et bénéfiques aussi. J'accepte aussi de faire autre chose que du biathlon. Avant j'avais l'impression que si j'arrêtais de tirer, j'allais tout perdre et qu'il fallait repartir à zéro. Maintenant je sais que quand je pose la carabine pendant un mois et demi, quand je la reprends, ça paraît facile."
Q: en 2030, il y a les JO dans les Alpes françaises. Vous doutiez de votre envie de repartir pour quatre ans. Où en êtes-vous de vos réflexions ?
R: "Dans l'effervescence des Jeux, je me disais +Je verrai+. Mais à tête reposée, en ayant eu quelques semaines pour décompresser, ce sera deux ans sûr. Et ces Jeux en 2030 c'est un événement qui m'anime. Je me projette plus facilement. Ça fait rêver."
Q: les derniers JO d'hiver en France étaient en 1992, quatre ans avant votre naissance. Les épreuves de biathlon avaient eu lieu aux Saisies, où vous avez grandi. Ça vous pousse à vouloir connaître cette effervescence ?
R: "Mes parents m'ont un petit peu raconté l'ambiance, ça donne envie de prendre part à une fête comme celle-là. Déjà à Anterselva c'était génial avec nos familles qui ont pu se déplacer. Faire ça devant le public français, avec l'ampleur que ça a pris, c'est quelque chose que je n'aurai pas la chance de revivre. Et ça pourrait être un bon moment pour boucler la boucle, comme l'a fait l'Italienne Dorothea Wierer à Anterselva. On verra si les performances sont au rendez-vous."
Q: à 29 ans, vous avez déjà tout gagné dans votre sport. Vous pensez à l'après parfois ?
R: "Je n'ai que 29 ans, mais dans le sport et surtout quand on est une femme, les envies de maternité ou de vie d'après arrivent peut-être plus vite qu'un homme. Il faut y penser. Ça ne m'inquiète pas d'un côté, je sais que je suis assez curieuse de plein de choses. Je n'ai pas envie de me fermer des portes. J'adore tout ce qui est matériel, le travail du bois. J'aime bien sortir de ma zone de confort, avec des prises de parole alors que je n'aime pas parler. Tout m'intéresse et la suite sera forcément différente que le sport, mais pour le moment j'aime trop le biathlon et je n'ai pas fait le tour des choses que j'ai à réaliser."
F.dGiugiaro--LDdC