La COP17 sur la biodiversité s'ouvre avec un mot d'ordre : il faut en faire plus
Près de 200 pays se retrouvent en Arménie à partir de lundi pour tenter de remettre la protection de la nature sur les rails en luttant mieux contre ce qui la détruit comme la déforestation, les pollutions et la surexploitation des ressources naturelles.
Réunis pour deux semaines à Erevan pour la 17e édition de la COP Biodiversité organisée sous l'égide de l'ONU, leur tâche est compliquée par les difficultés budgétaires et la crise du multilatéralisme.
Pourtant les extinctions d'espèces, la dégradation des forêts et des récifs coralliens, et l'aggravation des catastrophes naturelles rendent les efforts des États de plus en plus urgents.
Quatre ans après un engagement ambitieux à avancer sur 23 points clés d'ici la fin de la décennie, la COP17, qui doit attirer jusqu'à 15.000 participants selon les organisateurs, fait figure de point d'étape afin de dresser un premier bilan, qui s'annonce terne.
"Nous devons admettre en toute honnêteté que, collectivement, nous ne sommes pas encore sur la bonne voie", a reconnu vendredi le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, à l'occasion d'un sommet des chefs d'États et de gouvernements, au cours duquel les dirigeants de premier plan ont surtout été ceux de pays voisins.
Le Premier ministre a aussi appelé les États à "traduire les engagements que nous avons déjà pris en actions concrètes".
- Retard -
Car selon un premier bilan de ce cadre mondial appelé "Kunming-Montréal" décidé en 2022 à la COP15 de Montréal, équivalent à l'accord de Paris pour le climat, et dévoilé jeudi, quasiment l'ensemble des objectifs est en retard.
Parmi ces cibles figurent la protection des aires terrestres et maritimes, la baisse des subventions pour les activités néfastes à la nature, ainsi que la protection des populations autochtones, en plus d'objectifs financiers.
"Il nous faut davantage d'actions, plus de rapidité et plus de volonté", a exhorté vendredi le patron de l'ONU António Guterres, présent à Erevan, qui avait déjà la veille regretté que "la guerre contre la nature" continue.
Particulièrement en retard sur les objectifs figurent les subventions aux énergies néfastes pour la planète, dont les énergies fossiles, évaluées à 2.600 milliards de dollars par an.
"Subventionner les énergies fossiles revient à subventionner le suicide", a fustigé le secrétaire général de l'ONU au sujet de ces subventions, supposées diminuer d'au moins 500 milliards par an d'ici 2030, en vertu de l'accord international.
- Finance -
Également dans le rouge, les engagements financiers, en particulier les objectifs d'aide des pays riches vers les pays en développement. Ce sujet devrait occuper un rôle central lors du sommet qui précède de trois semaines la COP31 sur le climat, en Turquie.
"Il subsiste un énorme déficit de financement mondial en matière de biodiversité", a relevé vendredi le ministre chinois de l'Environnement Huang Runqiu présent à Erevan, tandis que les États développés, Union européenne en tête, tentent de faire participer davantage Pékin et les grands pays émergents aux efforts.
Mais ces déficits surviennent à l'heure où les États font face à des difficultés budgétaires très importantes, illustrées par la forte diminution de l'aide publique au développement ces trois dernières années. Au même moment, le multilatéralisme connaît une crise profonde depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump.
"Le monde n'a pas besoin d'une nouvelle vision (...) Ce dont il a besoin, c'est d'actions concrètes", a exhorté vendredi le président du WWF International, Adil Najam, également présent en Arménie.
Un éventuel succès de cet événement sera mesuré "à l'aune de la capacité de la conférence à traduire les engagements politiques en mesures concrètes et en progrès mesurables", a indiqué vendredi à l'AFP Hambardzum Matevosyan, le président de la COP17 et ministre arménien de l'Environnement.
Pour Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), cette COP pourrait être considérée comme un succès si des actions concrètes pour accélérer sur les 23 objectifs sont décidées, et si des avancées sur les financements se produisent, tant sur les subventions néfastes que sur l'augmentation des flux publics et privés.
J.Padovano--LDdC