La Domenica Del Corriere - "Ça l'a rendu fou": E. Jean Carroll, la seule femme qui a fait condamner Trump pour agression sexuelle

Euronext
AEX 0.75% 1115.14 €
BEL20 0.88% 5720.98 €
PX1 0.24% 8100.93 €
ISEQ 1.77% 14458.46 €
OSEBX -0.78% 2080.21 kr
PSI20 0.47% 9730.5 €
ENTEC -0.41% 1416.23 €
BIOTK -1.01% 4425.67 €
N150 0.39% 4245.73 €
"Ça l'a rendu fou": E. Jean Carroll, la seule femme qui a fait condamner Trump pour agression sexuelle
"Ça l'a rendu fou": E. Jean Carroll, la seule femme qui a fait condamner Trump pour agression sexuelle / Photo: Simon WOHLFAHRT - AFP

"Ça l'a rendu fou": E. Jean Carroll, la seule femme qui a fait condamner Trump pour agression sexuelle

A 82 ans, E. Jean Carroll savoure le moment: l'ex-journaliste américaine est la seule femme à avoir fait condamner Donald Trump pour agression sexuelle mais a dû, pour cela, livrer une bataille sans merci qu'elle relate dans un livre.

Taille du texte:

"Certains moments étaient excitants, d'autres enthousiasmants ou exaspérants (...) mais ça a été constamment difficile. Il n'y a pas eu un moment facile en sept ans", dit à l'AFP l'autrice de "Not my type. La femme qui a fait plier Trump", paru jeudi en France (Editions du Cherche-Midi).

"J'ai pu le faire", ajoute-elle, "parce que je n'avais pas d'enfants, j'étais plus âgée et je n'avais rien à perdre"

En 2019, cette ancienne chroniqueuse pour l'édition américaine du magazine Elle avait lancé la bataille en accusant Donald Trump de l'avoir violée en 1996 dans une cabine d'essayage d'un grand magasin new-yorkais.

Malgré les protestations du président américain, qui a qualifié E. Jean Carroll de "tarée" ayant monté une "affaire bidon", la justice lui a donné raison sept ans plus tard.

Le magnat, accusé de violences sexuelles par de nombreuses autres femmes, a été définitivement condamné au civil à lui verser 5,6 millions de dollars. "Ca l'a rendu fou", savoure l'ex-journaliste.

Dans une procédure distincte, une cour d'appel a par ailleurs condamné le milliardaire à lui verser 83 millions de dollars, un jugement encore susceptible d'un recours devant la Cour suprême.

L'argent qu'elle a tout juste commencé à recevoir du président américain, E. Jean Carroll promet de "le dépenser dans tout ce qu'il déteste" - pour le droit des femmes et des minorités ou la cause climatique - et sans en faire d'usage trop personnel.

"Je n'achète rien, je sais comment être heureuse", clame-t-elle.

- "Cathartique" -

Devenue une icône féministe, l'ancienne chroniqueuse du New York des années 1980-1990 sait désormais combien il en coûte aux femmes de briser le silence et estime que la libération de la parole impulsée par #MeToo aux Etats-Unis a été stoppée net par l'inertie de la justice.

"Aucune femme ne voudrait faire ça maintenant. Est-ce que vous voyez des femmes prendre la parole?", s'interroge-t-elle. "Nous voyons les chiffres (des condamnations, NDLR), on n'est pas stupides. Les femmes font profil bas désormais".

Selon son récit, plusieurs femmes qui ont porté plainte contre Donald Trump ne s'en sont d'ailleurs "jamais remises" et "ne savent pas qui peut les aider".

L'ombre menaçante que fait encore planer le président américain explique d'ailleurs, selon E. Jean Carroll, que son livre ne soit paru, à l'étranger, qu'en France.

"Les Français sont les seuls à avoir eu le cran de le publier", dit celle qui a dû subir quantité d'attaques du président américain. Le titre de son livre "Not my type" (pas mon genre, en français) renvoie d'ailleurs à l'expression que Donald Trump avait utilisée pour certifier qu'il n'aurait pas pu songer à l'agresser sexuellement.

Après ces attaques et le combat judiciaire, l'écriture s'est révélée être une expérience libératrice pour elle.

"J'avais un matériau tellement délicieux avec carrément 2.000 pages de procès-verbaux d'audience. Franchement, y a-t-il quelque chose de plus drôle au monde qu'un procès-verbal d'audience ? On dirait du Voltaire", plaisante-t-elle.

"J'avais aussi toutes mes notes, que je prenais depuis six ans. Alors, qui ne finirait pas par écrire un livre ? Et puis, finalement, ça m'a vraiment soulagée", analyse-t-elle. "En un mot, c'était cathartique".

L.Maddalena--LDdC