Accord-cadre entre Liban et Israël, qui laisse deux "zones pilotes" à l'armée libanaise
Israël, le Liban et les Etats-Unis ont signé vendredi à Washington un accord-cadre visant à trouver "une paix durable" entre les deux pays du Proche-Orient, Israël assurant que son armée resterait au Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah pro-iranien.
"Nous sommes heureux d'annoncer un accord-cadre entre le gouvernement souverain du Liban et le gouvernement d'Israël, avec la médiation et le soutien des Etats-Unis", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio avant la signature.
Ce texte pose la première pierre d'"un cadre pour une paix et une sécurité durables", a-t-il estimé.
Il s'agit d'un "premier pas" vers la restauration de la souveraineté du Liban, sans "occupation", "subordination", ni "tutelle", a déclaré de son côté le président libanais Joseph Aoun.
Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a lui estimé que le texte faisait courir un risque de "guerre civile" en cas d'application par les autorités libanaises.
Après l'annonce de l'accord, des partisans du Hezbollah ont manifesté dans les rues de Beyrouth, notamment dans les quartiers proches du Parlement et le long d'une route menant à l'aéroport, et ont bloqué au moins une route avec des pneus enflammés, selon l'ANI, une agence officielle.
Un correspondant de l'AFP a également vu des postes de contrôle temporaires de l'armée libanaise être mis en place dans plusieurs rues.
- "Zones pilotes" -
Le Liban et Israël avaient entamé mi-avril des discussions directes à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Cette session de pourparlers était la cinquième.
Si le contenu de l'accord n'a pas été dévoilé à Washington, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a rapidement déclaré après la signature, dans une vidéo préenregistrée, qu'Israël permettrait à l'armée libanaise de prendre le contrôle de "deux zones pilotes" dans le sud du Liban, où elle est actuellement déployée.
L'une est située au sud et l'autre au nord du fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël.
Mais ce retrait israélien devrait être limité puisque Benjamin Netanyahu a répété que son armée resterait dans le sud du Liban jusqu'à ce que le Hezbollah pro-iranien "soit désarmé".
Le Premier ministre israélien a également prévenu que les habitants qui avaient dû fuir des zones du sud du Liban où des troupes israéliennes sont désormais déployées ne pourront pas revenir chez eux, malgré l'accord-cadre.
Dans cette zone, qualifiée par Israël "de sécurité", "nous ne laissons pas entrer le Hezbollah et nous ne laissons pas non plus entrer la population civile", a-t-il affirmé.
- "Début du début" -
A Washington, Marco Rubio a décrit le texte signé comme "le début du début". "Nous ne sous-estimons en aucun cas la difficulté de la tâche devant nous mais nous savons son importance", a-t-il insisté.
Le chef de la diplomatie américaine a annoncé dans un communiqué une "aide humanitaire immédiate de 100 millions de dollars, en coordination avec les Nations unies", ainsi qu'un versement de "plus de 30 millions de dollars" aux Forces armées libanaises "en faveur d'une paix durable au Liban".
Le Hezbollah s'oppose depuis le début aux négociations menées avec Israël. Son chef Naïm Qassem a réclamé vendredi le retrait "inconditionnel" des forces israéliennes du sud du Liban.
Les hostilités sur le front libanais ont repris début mars après des tirs du Hezbollah pro-iranien vers Israël, déclenchés en soutien à Téhéran visé par une offensive militaire israélo-américaine.
L'armée israélienne a mené de vastes frappes aériennes au Liban et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon les autorités libanaises. Elle occupe une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de sa frontière, censée protéger les habitants du nord d'Israël.
Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.
F.Abate--LDdC