Présidentielle en Colombie: la gauche au pouvoir et la droite dure se retrouveront au second tour
La gauche au pouvoir et la droite dure s'affronteront au second tour de la présidentielle en Colombie, dans un scrutin décisif alors que le pays sud-américain connaît une violence des groupes armés sans précédent depuis dix ans, selon les résultats partiels à l'issue du premier tour dimanche.
L'excentrique avocat millionnaire Abelardo de la Espriella, admirateur de Trump, devance avec 44% des suffrages le sénateur et philosophe Ivan Cepeda (41%), héritier politique du président sortant Gustavo Petro, alors que 99% des bureaux de vote ont transmis leurs résultats et que 57% des bulletins ont été dépouillés.
Les deux candidats se retrouveront au second tour prévu le 21 juin.
La candidate de droite Paloma Valencia, sénatrice adoubée par le puissant ex-président conservateur Alvaro Uribe (2002-2010), arrive loin derrière avec moins de 7%.
Dix ans après un accord de paix historique entre l'Etat et la guérilla des Farc, certaines régions de Colombie restent sous le contrôle d'une myriade de groupes armés qui dominent la production mondiale de cocaïne.
À Uribia (nord), près de la frontière avec le Venezuela, les électeurs ont réclamé dimanche plus de sécurité, d'emplois et une plus grande prise en compte des communautés autochtones.
Viviana Jayariyu, une enseignante issue de la communauté wayuu, espère "que tout s'améliore, qu'il n'y ait plus autant de violence, surtout dans les zones rurales".
Les deux candidats s'affrontent sur la direction à prendre pour venir à bout d'un conflit armé interne vieux de six décennies mais en pleine résurgence : continuer à négocier la paix avec les groupes armés, stratégie du président sortant Gustavo Petro, ou bien utiliser la force pour venir à bout des guérillas, ex-paramilitaires et cartels.
Les experts estiment que les groupes armés impliqués dans le trafic de drogue, l'exploitation minière illégale et l'extorsion ont profité des négociations de paix menées sous le gouvernement Petro pour renforcer leurs positions.
- En finir avec la violence -
La Constitution interdit à Gustavo Petro, premier dirigeant de gauche de l'histoire du pays, de briguer un second mandat. Ce président clivant jouit d'une forte popularité parmi les classes populaires après avoir augmenté le salaire minimum et élargi les programmes sociaux dans l'un des pays les plus inégalitaires au monde.
Son dauphin Ivan Cepeda, un défenseur des droits de l'homme de 63 ans, mise sur la poursuite des réformes sociales et des infructueuses négociations de paix avec les groupes armés.
Avec Petro, "nous avons beaucoup avancé en matière d'éducation (...), de protection de l'environnement, de justice sociale et de défense des droits humains", estime Pedro Barragan, un professeur de 52 ans interrogé par l'AFP dans le centre de Bogota.
Abelardo de la Espriella, 47 ans, se fait appeler "Le Tigre" et promet pour sa part la mort ou la prison pour les membres des organisations criminelles.
Il se présente en "outsider" et reprend à l'envi une rhétorique de "main de fer" qui a récemment valu plusieurs victoires à la droite en Amérique latine.
Admirateur des présidents américain Donald Trump, salvadorien Nayib Bukele et argentin Javier Milei, il propose de construire dix méga-prisons, de réduire de 40% la taille de l'Etat et de bombarder les campements des trafiquants de drogue en Colombie, premier producteur mondial de cocaïne.
Dimanche, il a qualifié cette élection de "bataille la plus importante de l'histoire de la république".
Le gouvernement Petro "a vraiment renforcé les groupes armés en se montrant aussi laxiste", dénonce l'une de ses partisanes, Catalina Devia, cadre dans la publicité de 42 ans.
La journée électorale s'est déroulée dans le calme dimanche. Le gouvernement a déployé plus de 400.000 membres des forces de l'ordre.
R.DeCrescenzo--LDdC