Affaire Epstein : l'ex-ambassadeur Peter Mandelson quitte la Chambre des Lords
Acculé, l'ex-ambassadeur du Royaume-Uni à Washington et figure du Labour Peter Mandelson s'est résolu à quitter la Chambre des Lords, dernière conséquence mardi de la publication de documents du dossier Epstein qui mettent en cause des personnalités du monde entier.
Plus tôt, le Premier ministre britannique Keir Starmer avait estimé nécessaire d'"agir rapidement", ordonnant la préparation d'une loi pour retirer à Mandelson son titre de Lord, une mesure qui n'a pas été prise depuis plus d'un siècle au Royaume-Uni.
"Le greffier du Parlement a reçu (mardi) un message de Lord Mandelson, l'informant de son intention de quitter la Chambre à compter du 4 février", a annoncé le président de la chambre haute, Michael Forsyth.
Peter Mandelson siégeait à la chambre depuis 2008, mais s'était mis en congé fin janvier 2025 après sa nomination à Washington. Il avait été limogé de son poste d'ambassadeur en septembre, déjà à cause de révélations sur ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein.
La publication vendredi de millions de pages du tentaculaire dossier Epstein par le ministère américain de la Justice a mis à jour une nouvelle masse d'informations sur les activités du financier américain et l'étendue de son carnet d'adresses.
- "Il a laissé tomber son pays" -
D'après ces documents, Mandelson aurait transmis des informations confidentielles au financier lorsqu'il était ministre du Commerce du gouvernement de Gordon Brown, lui transférant notamment un email interne destiné au Premier ministre britannique en 2009.
Il est "juste" que l'ancien ministre et commissaire européen quitte la Chambre des Lords, a déclaré un porte-parole de Downing après l'annonce de sa démission, car "comme le Premier ministre l'a dit ce matin, Peter Mandelson a laissé tomber son pays".
L'affaire Mandelson est une source d'embarras pour Keir Starmer, déjà impopulaire et critiqué au sein même du camp travailliste : c'est lui qui avait fin 2024 pris la décision de nommer cet homme politique influent pour représenter le Royaume-Uni à Washington, avant le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Des relevés bancaires montrent également que Jeffrey Epstein aurait transféré un total de 75.000 dollars (63.200 euros) en trois virements sur des comptes liés à Mandelson, alors député, en 2003 et 2004.
Peter Mandelson a dit dimanche n'avoir aucun souvenir de ces virements, et ne pas savoir si ces relevés étaient authentiques, quelques heures avant d'annoncer qu'il quittait le Labour pour ne pas lui "causer davantage d'embarras".
- "Stupéfiant" -
Mandelson apparaît également en caleçon et tee-shirt sur une photo non datée aux côtés d'une femme, dont le visage a été caviardé. Il a dit ne "pas parvenir à situer le lieu, ni à identifier la femme".
"Pour le public, entendre des personnalités politiques dire qu'elles ne se souviennent pas avoir reçu ou non des sommes d'argent importantes est tout simplement stupéfiant", a cinglé le porte-parole de Keir Starmer mardi.
La police de Londres a indiqué examiner si les faits signalés peuvent constituer une faute "dans l'exercice d'une fonction publique".
De son côté, la Commission européenne a annoncé mardi qu'elle allait "examiner" si Peter Mandelson, qui a été commissaire européen au Commerce entre 2004 et 2008, avait enfreint certaines règles.
L'affaire, qui empoisonne la vie politique américaine depuis des années, n'en finit plus d'éclabousser de hautes personnalités partout dans le monde.
L'association caritative de Sarah Ferguson, ex-femme du prince déchu Andrew, lui-même mis en cause dans ces documents, a annoncé qu'elle allait fermer après la révélation d'emails compromettants entre Epstein et l'ancienne duchesse d'York.
Mardi, la pression a fini par convaincre l'ancien président Bill et son épouse Hillary Clinton de témoigner devant une commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Epstein.
Des élus républicains exigeaient de les entendre, menaçant d'engager des poursuites à l'encontre du démocrate et l'ancienne cheffe de la diplomatie, qui refusaient jusque-là de comparaître devant le Congrès.
C.Ursini--LDdC