Nouveaux heurts entre policiers et manifestants en Albanie: Rama condamne le "chaos"
Des heurts ont opposé manifestants et policiers pour la troisième journée consécutive, jeudi, à Tirana, le Premier ministre Edi Rama condamnant le "chaos" qui a gravement endommagé la veille des bâtiments gouvernementaux.
La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser les manifestants qui défilaient sur plusieurs grands axes autour de la capitale albanaise jeudi matin, tandis que les protestations s'étendaient à d'autres villes.
Des milliers de manifestants réclament la démission du Premier ministre Edi Rama et davantage de soutien pour les étudiants du pays, dénonçant de mauvaises conditions universitaires et des frais de scolarité élevés.
"Nous voulons une Albanie meilleure, où le système de santé assure les soins de base que chaque citoyen mérite, où l'éducation offre des conditions décentes et des chances égales, et où les étudiants peuvent se permettre d'étudier et de vivre sans être submergés par la hausse du coût de la vie", a déclaré à l'AFP Teftalia Papa, étudiante en journalisme.
Mardi et mercredi, de violents affrontements ont eu lieu pendant plusieurs heures entre la police et les manifestants à Tirana, lorsque ces derniers ont forcé l'entrée de plusieurs bâtiments officiels et en ont incendié au moins un.
Lorsque les manifestations ont repris jeudi matin, la police a repoussé les foules qui tentaient de s'approcher du ministère de l'Éducation, tandis que des manifestants lançaient des pierres sur les forces de l'ordre, a constaté un journaliste de l’AFP.
Selon la police, 65 personnes ont été arrêtées pour "attaques de policiers, d'institutions, de biens publics et privés", lors des protestations de mercredi.
Selon le ministère de la Santé, au total, 89 personnes, dont 61 policiers, ont reçu des soins médicaux dans deux hôpitaux de Tirana pendant les manifestations, mercredi.
Quatre policiers et deux manifestants étaient toujours hospitalisés jeudi, selon le même communiqué. Un manifestant et deux policiers devaient être opérés.
- "Chaos" et "ruine" -
Le Premier ministre devait rencontrer le groupe parlementaire de son parti jeudi matin, alors que des collectifs de manifestants diffusaient un "ultimatum" exigeant sa démission avant 13H00 (11H00 GMT).
Mais avant même l'expiration de ce délai, les manifestants avaient déjà commencé à se heurter à la police, érigeant des barricades de fortune et incendiant des poubelles.
Des images diffusées par les médias locaux montraient également des manifestants faisant face aux policiers dans les villes côtières du sud, tandis que des informations faisaient état d'étudiants de Korçë brisant les vitres de leurs écoles et bloquant les rues.
Edi Rama a publié une vidéo sur sa page Facebook le montrant en train de visiter les restes calcinés d'un bureau sur un campus de Tirana.
"Aujourd'hui, ce sont les ruines laissées par des mains qui ne sont pas, et ne pourront jamais être, des mains d'étudiants", y a affirmé le Premier ministre, imputant la violence lors des manifestations à des responsables de l'opposition. Ce sont ses premiers commentaires publics depuis le début des manifestations.
"Chacun est responsable devant la loi, et tous ceux qui ont contribué à ce chaos en paieront certainement le prix".
La délégation de l'Union européenne à Tirana a réitéré ses précédents appels à la désescalade, condamnant fermement "l'escalade de la violence lors de la protestation et la destruction de biens publics et privés".
"Nous appelons les manifestants à faire preuve de retenue et à s'abstenir de tout acte de violence. La violence n'a pas sa place dans les démocraties", a-t-elle déclaré dans un communiqué. Mercredi, l'UE avait également demandé une enquête rapide sur les accusations de recours excessif à la force par la police.
Depuis plus de quatre mois, les manifestations antigouvernementales en Albanie rassemblent régulièrement des milliers de personnes.
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A.Dodaro--LDdC