Notation de la France : un maintien de la note par Moody's jugé peu probable
Moody's se prononce vendredi soir sur la note de la France et les économistes voient peu de raisons qu'elle ne l'abaisse pas, alors que les finances publiques françaises se sont encore dégradées.
Actuellement, cette agence de notation attribue à la France une note "Aa3 avec perspective négative", c'est-à-dire qu'elle considère la qualité de la dette française comme "bonne" mais avec un risque de dégradation.
Fitch et S&P la classent déjà un cran en dessous, à A+ (qualité moyenne supérieure) avec perspective stable.
Pour Éric Dor, directeur des études économiques à l'école de commerce IESEG, il est "très plausible" que Moody's abaisse à son tour la note française, pour la faire descendre à A1 dans son classement - ce qui est l'équivalent de A+ chez Fitch et S&P -, au vu des commentaires précédemment émis par cette agence de notation.
Ainsi, le 24 octobre 2025, en abaissant la perspective de la note française à négative, Moody's avait expliqué ce qui pourrait la conduire à diminuer à l'avenir la note elle-même. L'agence évoquait "de nouvelles preuves démontrant que la capacité des institutions législatives à relever efficacement les principaux défis de crédit du pays s'est durablement affaiblie", ou "des difficultés persistantes à réduire sensiblement le déficit budgétaire", ou encore "une pause durable ou une inversion" de la réforme des retraites.
- "À rebours de ses voisins" -
Le 10 avril dernier, bien que les conditions d'un abaissement de la note semblaient réunies, notamment avec la suspension de la réforme des retraites, Moody's avait toutefois maintenu sa note. "Le déficit public de 5,1 % du PIB en 2025 (est) plus faible que notre prévision (...) ce qui rend l'objectif de 5 % en 2026 plus atteignable", avait-elle fait valoir.
L'agence espérait alors pour 2026 une croissance de 1 % en France et une inflation de 1,4 %.
Or, le déficit public devrait finalement atteindre 5,4 % du produit intérieur brut (PIB) cette année, l'inflation a grimpé à 3,1 % sur un an en septembre et la croissance annuelle a été sévèrement revue en baisse par l'Insee, à 0,4%, après un premier semestre proche de la récession.
"À rebours de ses voisins, l'économie française a décroché" en début d'année, a observé l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
À tout cela s'ajoute une situation budgétaire de nouveau très compliquée où, à six mois de l'élection présidentielle, un compromis avec l'opposition semble encore plus difficile à trouver que lors des deux années précédentes. Et un contexte de mécontentement social fort, marqué par des violences et pillages le weekend dernier dont les images ont sidéré en France et au-delà des frontières du pays. Une répétition dans les prochains jours et semaines est redoutée.
- "Étouffement" -
Certains investisseurs sur les marchés financiers commencent à s'inquiéter sérieusement de nombreux signaux négatifs.
La dette devrait grimper en 2027 à 121,7% du PIB, au risque, si sa trajectoire n'est pas maîtrisée, "d'un étouffement financier", a alerté la présidente de la Cour des comptes Amélie de Montchalin dans La Tribune Dimanche.
La France, qui devra rembourser l'an prochain 91 milliards d'euros d'intérêts (la "charge des intérêts de la dette"), parvient toujours à trouver des prêteurs, mais à un coût de plus en plus cher.
Jeudi à la clôture de la Bourse de Paris, le rendement de la dette française à dix ans, qui avait dépassé la veille pour la première fois depuis 2002 le seuil de 5 %, s'est fixé à 5,07 %, soit 1,74 point de plus que le taux de l'Allemagne, considérée comme l'emprunteur européen le plus solide.
Nicolas Laine, expert de l'Institut Montaigne, juge aussi "très crédible" un passage de la dette française à A1 avec perspective stable par Moody's, voire, dans un "scénario sévère", avec perspective négative.
Mais, estime Éric Dor, "à A1, la note de la France serait encore surestimée par rapport à d'autres pays européens comme l'Espagne et le Portugal".
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O.Criscione--LDdC