La Domenica Del Corriere - Espagne : la crise du logement, dossier brûlant des législatives anticipées

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Espagne : la crise du logement, dossier brûlant des législatives anticipées
Espagne : la crise du logement, dossier brûlant des législatives anticipées / Photo: Manaure Quintero - AFP

Espagne : la crise du logement, dossier brûlant des législatives anticipées

"Un toit à un prix juste" : en Espagne, la crise du logement, l'une des principales préoccupations de la population, a percuté de plein fouet le débat politique, poussant Pedro Sánchez à avancer au 29 novembre les élections, dont elle sera l'un des dossiers brûlants.

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Il aura suffi d'une étincelle pour mettre le feu aux poudres, après des mois d'une sourde colère : l'expulsion d'une femme de 87 ans de son logement madrilène, acheté par une société immobilière qui voulait drastiquement augmenter le loyer.

En quelques heures, Maricarmen Abascal - qui est décédée mercredi - est devenue le visage d'une crise qui, comme dans d'autres pays en Europe, inquiète profondément en Espagne, notamment les jeunes adultes, exaspérés par des prix de l'immobilier qui les empêchent parfois de quitter le domicile de leurs parents.

"Cela fait des années que les loyers et les prix à l'achat sont devenus complètement fous. C'est impossible d'acheter, impossible de louer quoi que ce soit !", s'emporte Beatriz Blanco, une travailleuse indépendante de 37 ans rencontrée par l'AFP sur la Puerta del Sol, la place du centre de Madrid où des centaines de manifestants campent depuis 10 jours pour faire entendre leur exaspération.

Placée en 2025 et 2026 par le réseau Barnes en tête du classement mondial des villes prisées pour l'immobilier de luxe, Madrid dispose d'un parc social si restreint, avec environ 10.000 logements dans ce secteur pour 3,5 millions d'habitants, que certains appartements sociaux sont attribués... par tirage au sort.

- Pays de propriétaires -

Pour les ménages modestes, se loger est quasiment devenu une mission impossible.

Selon les dernières données de l'Institut national de la statistique (INE), le salaire mensuel brut moyen s'établit en Espagne à environ 2.460 euros avant impôts (les salaires étant en général versés en 14 fois sur l'année en Espagne).

A titre de comparaison, la location d'un appartement de 50 m2 dans la capitale espagnole coûtait en moyenne 1.170 euros par mois en septembre, selon le portail internet Idealista, soit quasiment la moitié du salaire brut moyen, loin du taux de 30% largement recommandé par les organismes publics et les professionnels du logement.

De nombreux Espagnols accusent les plateformes touristiques, comme Airbnb, et les fonds d'investissement de faire flamber les prix en achetant des biens immobiliers et en réduisant l'offre pour la population.

Ces "fonds vautours", comme les qualifient les manifestants et le gouvernement de gauche, concentrent la colère dans les cortèges et les campements qui ont essaimé.

Une crise d'autant plus sensible que l'Espagne, qui compte selon le gouvernement plus de 27 millions de logements pour 50 millions d'habitants, est un pays où la propriété immobilière est historiquement très ancrée. Un héritage, notamment de la dictature de Franco, dont le ministre du Logement avait lancé un jour : "Nous ne voulons pas d'une Espagne de prolétaires, mais de propriétaires."

- "L'offre ne suit pas" -

Toutefois, ce modèle s'effrite : si près de trois ménages sur quatre possèdent leur logement principal, un peu plus de la moitié des moins de 30 ans vivaient en 2025 en location, selon l'INE.

La crise financière mondiale de 2008 a marqué un tournant, provoquant "l'effondrement" du BTP et "la destruction d'un million d'emplois" dans ce secteur, rappelle à l'AFP Jorge Galindo, le directeur du Centre de politiques économiques de l'école de commerce Esade.

Depuis, "l'offre ne suit pas. Dans les années 1990, nous construisions environ 260.000 logements par an. En 2025, seulement 92.000", explique-t-il, mettant en garde contre le fait que l'Espagne devienne "une société d'héritiers".

Faut-il, donc, bâtir davantage pour combler ce manque, au moment où l'arrivée de centaines de milliers d'étrangers et l'évolution de la structure des ménages, en particulier, accroissent la demande ? Le Parti populaire, principal parti de droite, y est largement favorable, tandis que le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez prône une réponse plus large.

En 2023 déjà, l'exécutif avait fait voter une loi prévoyant une hausse du nombre des constructions de logements sociaux, un encadrement des loyers dans les zones de tension et des pénalités pour les propriétaires laissant leurs logements inoccupés.

Mais ce texte n'a pas permis d'enrayer l'explosion des prix, nourrissant le mécontentement des Espagnols.

À environ 50 jours des législatives, Jorge Galindo met, quant à lui, en exergue "un paradoxe" : "Ceux qui souffrent le plus de la crise du logement sont ceux qui pèsent le moins dans les urnes : les jeunes, qui votent moins, et les immigrés".

Pour peser sur le débat, les principaux syndicats espagnols ont appelé à une grève générale le 11 novembre.

A.Falconi--LDdC