La Malaisie commence à renvoyer des ressortissants birmans
La Malaisie a commencé mardi le renvoi de 1.500 Birmans, ont constaté des journalistes de l'AFP, première phase d'un programme qui pourrait mettre en danger ces personnes en les envoyant dans un pays déchiré par la guerre, selon des associations de défense des droits humains.
Il s'agit du premier groupe sur un total de 5.000 Birmans ayant accepté selon Kuala Lumpur un rapatriement "volontaire" depuis des centres de détention, au moment où la Malaisie voit augmenter l'hostilité à l'égard des exilés.
Des associations de défense des droits humains soulignent que les mauvaises conditions de détention des Birmans concernés ont pu les pousser à accepter le programme. Elles relèvent la dangerosité d'un retour en Birmanie, ravagée par la guerre civile depuis le coup d'Etat militaire de 2021.
Des centaines de milliers de Rohingyas ont fui la Birmanie après une violente opération militaire lancée en 2017, qui fait l'objet d'une procédure pour génocide devant la Cour internationale de justice.
Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a annoncé en juillet que la Birmanie avait accepté le retour de 5.000 membres de la minorité rohingya.
Dans un rapport publié début septembre, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a estimé que "les conditions permettant un retour volontaire, sûr, digne et durable ne sont actuellement pas réunies".
Des dizaines de bus sont arrivés mardi sous escorte policière dans un stade près de la base navale de Lumut, dans le nord-ouest de la Malaisie, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Les journalistes n'ont pas été autorisés à entrer dans le stade. Les personnes doivent être enregistrées avant d'embarquer dans un bateau en direction de la Birmanie, selon les médias locaux.
Des sites de suivi du trafic maritime montrent que le navire birman de support et de soins Than Lwin mouille à l'extérieur de la base navale.
Une source des forces de sécurité birmanes, qui a souhaité garder l'anonymat car elle n'est pas autorisée à s'adresser aux médias, a déclaré que les bateaux devaient accoster à la base navale de Thanlyin, au sud de Rangoun, vers la fin de la semaine.
- "Cesser les expulsions" -
Le programme de renvoi a été annoncé par la Malaisie après l'arrestation de plus de 100 Rohingyas qui s'étaient rassemblés devant le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à Kuala Lumpur. Ils ont été menacés d'expulsion avant d'être relâchés car ils détenaient des documents valides délivrés par le HCR.
La semaine dernière, plus de 160 associations de la société civile ont appelé le gouvernement malaisien à "cesser immédiatement les expulsions", dans l'attente de discussions avec des associations sur la situation en Birmanie.
Anwar Ibrahim a par ailleurs dit vouloir inviter le dirigeant birman Min Aung Hlaing, ancien général qui a mené le coup d'Etat de 2021, pour accélérer le programme.
Mais les associations ont souligné que "les relations de la Malaisie avec la junte ne devaient pas se faire au détriment de sa propre réputation et de son intégrité".
La Birmanie a assuré plus tôt ce mois-ci garantir un retour "sûr et digne" pour ses citoyens déplacés à l'étranger.
Mi-août, 10.388 Birmans étaient détenus dans des centres de rétention en Malaisie, selon le ministère malaisien de l'Intérieur.
La Malaisie n'est pas signataire de la Convention relative au statut des réfugiés de 1951 et ne reconnaît pas officiellement le statut de réfugié.
Des fact-checkers de l'AFP ont montré que les Rohingyas en Malaisie avaient été ciblés par des campagnes de désinformation en ligne, qui renforcent la xénophobie et les actes d'intimidation selon des défenseurs des droits humains.
A.Maggiacomo--LDdC