Le salon Eurosatory s'ouvre dans une Europe qui se met en posture de guerre
Des drones partout, des robots terrestres bien en évidence au milieu des blindés et canons: le salon Eurosatory s'est ouvert lundi près de Paris dans une Europe qui se prépare à une guerre sur son sol, au-delà de l'Ukraine.
Le coup d'envoi a été donné par des démonstrations dynamiques de l'armée de Terre française devant la ministre des Armées Catherine Vautrin et de responsables politiques et militaires de nombreux pays, donnant à voir ce que pourrait être un conflit de haute intensité.
"La guerre en Ukraine continue de peser sur la sécurité de tout notre continent", a-t-elle affirmé, rappelant que ce conflit a "changé notre manière de concevoir le rôle de la masse, des feux, des munitions, des drones, de la guerre électronique, de la profondeur ou de l'endurance".
"Nous nous préparons à vivre un combat du type de celui que mènent très courageusement les Ukrainiens", résume pour l'AFP le général Philippe de Montenon, commandant des forces et des opérations terrestres et commandant Terre pour l'Europe.
Même écho chez le commissaire du salon biennal Charles Beaudouin, ancien haut responsable de l'Armée de terre française. Dans un entretien à l'AFP, il évoque la "potentialité", avancée par de nombreux responsables européens, d'une "fenêtre d'opportunité" pour Vladimir Poutine de lancer "une offensive" ailleurs en Europe, à mesure que le front ukrainien se stabilise.
Par rapport à l'édition précédente en 2024, "la probabilité d'un choc à l'Est face à la Russie est de plus en plus forte" et "notre priorité est d'être prêts pour ce choc, dès ce soir", selon le général de Montenon.
Le conflit en Ukraine démontre également le "besoin d'innovation permanent. Là aussi on regarde ce que font nos camarades ukrainiens qui font preuve d'une ingéniosité étonnante", a-t-il déclaré lundi.
Le salon Eurosatory à Villepinte, au nord-est de Paris, avec ses plus de 2.600 exposants, en est la vitrine.
A Villepinte, les drones sont de toutes les démonstrations.
Les chars, confrontés en Ukraine à la menace des drones bon marché qui ont profondément remis en cause leur emploi sur le champ de bataille, apparaissent ici coiffés de cages de protection antidrone.
Les systèmes antidrones "sont plus présents" chez Rheinmetall, roi allemand des chars, admet Mathieu Dumontet de Rheinmetall Canada, interrogé par l'AFP après une démonstration.
Sur les stands d'exposants émiriens, européens ou américains, les maquettes de drones antidrones dont Kiev fait une promotion active et utilise tous les jours face aux salves russes, sont mises en avant.
En France, l'armée de Terre qui ne possédait que 4.000 drones fin 2025 est "en train d'en acquérir 14.000", a souligné Olivier Coquet, responsable de sa section technique.
Nombre "suffisant" pour entraîner les soldats, estime Philippe de Montenon alors que chaque brigade a désormais une cellule qui forme les dronistes.
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L'expertise de l'Ukraine sera très convoitée au salon, qui accueille 80 sociétés ukrainiennes contre dix pour l'édition précédente en 2024.
Ils présentent leurs drones, systèmes robotisés, mais aussi des missiles de frappe en profondeur, éprouvés dans la guerre contre la Russie.
"Les Ukrainiens sont tellement en avance qu'on ne peut que les copier", selon Charles Beaudouin. Il rappelle que ce sont des "spécialistes ukrainiens et non américains" qui ont été invités dans les pays du Golfe, cibles de drones iraniens depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février.
Les partenariats avec les Ukrainiens sont pourtant relativement rares à ce stade, surtout en France.
Vendredi, Airbus s'est associé à un pionnier des drones ukrainiens, SkyFall, en marge d'un autre salon de défense à Berlin. Reste à savoir si Eurosatory marquera une accélération de ce type de coopérations.
Les entreprises privées israéliennes sont autorisées cette année à exposer les armes "défensives" alors qu'en 2024 la France avait initialement décrété une interdiction "totale" de la participation israélienne, en raison de la guerre à Gaza.
Avec leur très performant système de défense antimissile "Iron Dome", les Israéliens pourront donc promouvoir des capacités "dont on n'a jamais eu autant besoin", selon le commissaire du salon.
Il a mis en garde contre les "stands ambigus" exposant également des armes offensives, interdites, en laissant entendre que de tels participants seraient bannis du salon.
M.Renzulli--LDdC