Supercalculateurs et IA : Bull veut accélérer et recruter 500 personnes
Accélérer pour soutenir la souveraineté technologique française: passée sous le contrôle de l’Etat, l'entreprise Bull, qui fabrique notamment des supercalculateurs, a posé vendredi les premiers jalons de son développement hors du giron d'Atos, en annonçant 500 recrutements.
L’entreprise, qui connaît ses premiers jours d'indépendance, a choisi son site de recherche et développement des Clayes-sous-Bois pour annoncer sa volonté de grossir ses rangs dès cette année.
Le nombre de salariés de la structure, qui a totalisé 720 millions d'euros de chiffre d’affaires en 2025, passera ainsi de 3.000 à 3.500 dans le monde.
Une montée en puissance essentiellement concentrée en Europe, avec des profils d’ingénieurs en recherche et développement, intelligence artificielle, calcul de haute performance, mais aussi sur des fonctions supports et au sein des équipes commerciales.
"On a des gros projets qui ont été signés, et on a besoin de forces vives pour permettre leur mise en œuvre", a détaillé devant la presse Emmanuel Le Roux, directeur général de l'entreprise.
Le montant global de ces nouvelles embauches s’élèvera à environ 50 millions d'euros, a-t-il précisé.
Le dirigeant, qui était déjà à la tête des équipes chargées du calcul de haute performance chez Atos, entend accélérer dans ces activités hautement stratégiques pour l'Etat.
Les supercalculateurs fabriqués et opérés par Bull sont ainsi utilisés pour la dissuasion nucléaire, depuis que la simulation informatique a remplacé les essais nucléaires, abandonnés à la fin des années 1990.
S'il n'a pas encore détaillé le plan stratégique de cette nouvelle structure, qui sera annoncé au troisième trimestre, Emmanuel Le Roux a déjà indiqué vouloir poursuivre les activités historiques de ses équipes, tant dans le calcul de haute performance que dans l’intelligence artificielle (IA) et l'informatique quantique.
Le ministre de l'Industrie, Sébastien Martin, s'est félicité vendredi de la nationalisation d'une entreprise capable de "répondre à une demande mondiale en forte croissance".
Bull a de son côté déjà commencé à accroître ses capacités de production, notamment sur son site de production d'Angers.
"Des machines comme +Alice Recoque+, on peut en produire deux par an actuellement. A l'avenir, on va pouvoir en produire quatre", a expliqué M. Le Roux, en référence au plus puissant supercalculateur français, actuellement en construction.
Fabriqué au sein d'un consortium d'entreprises incluant le groupe américain de semi-conducteurs AMD, l'appareil sera installé sur le site dédié au calcul intensif du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et devrait être livré en deux étapes, fin 2026 puis en 2027.
Les équipes avaient déjà livré en septembre le supercalculateur Jupiter en Allemagne, capable de réaliser un milliard de milliards de calculs par seconde.
- Composants européens -
Aux côtés de l’État, désormais unique actionnaire de l'entreprise via l'agence des participations de l'Etat (APE), "Bull dispose aujourd'hui d'un cadre stable pour investir, innover", s'est félicité son dirigeant.
Atos déclinait depuis plusieurs années et la scission définitive de la nouvelle structure Bull a été officialisée mardi. Le ministre français de l'Economie Roland Lescure a qualifié cette opération d'"étape décisive pour la souveraineté technologique de la France".
L'entreprise, qui a eu dix mois pour opérer la séparation avec l'ancien fleuron, est aujourd'hui une "structure plus agile", d'après son dirigeant, recentrée sur des activités technologiques de pointe.
Et les enjeux de souveraineté française et européenne s'inscrivent déjà dans les ambitions affichées par l'entreprise.
Bull entend accroître ses capacités dans le domaine des composants électroniques, ces éléments indispensables au calcul informatique et au fonctionnement des IA.
Elle espère dans les prochaines années pouvoir équiper ses machines avec 80% de composants européens, grâce à des partenariats avec des entreprises productrices et des produits développés en interne.
Avec un carnet de commande rempli jusqu'à mi-2027, Bull envisage aussi de livrer d'ici cinq ans le premier calculateur quantique hybride.
A.Maggiacomo--LDdC