Manifestation à Prague contre la suppression de la redevance audiovisuelle
Des milliers de personnes se sont rassemblées dimanche dans le centre de Prague, pour protester contre la suppression de la redevance audiovisuelle, accusant le gouvernement de vouloir porter atteinte à la liberté de la presse.
Adoptée par les députés en première lecture dans la nuit de vendredi à samedi à l'initiative du parti d'extrême droite SPD, membre de la coalition gouvernementale du Premier ministre Andrej Babis, la réforme prévoit de transférer au budget de l'Etat le financement de la télévision et radio publiques.
Le texte, qui prévoit une diminution d'environ 15 % des budgets des médias publics, doit être examiné au Sénat, puis soumis au président de la République.
L'opposition a vivement critiqué le projet et entend le contester devant la Cour constitutionnelle.
"Le gouvernement teste jusqu'où il peut aller. S'il ne fait pas face aujourd'hui à une opposition ferme et bruyante, demain il s'en prendra aux tribunaux indépendants et aux autres piliers de la société démocratique", ont affirmé les organisateurs de la manifestation, dont la Fédération européenne des journalistes et l'ONG Reporters sans frontières.
"J'ai 94 ans et au cours de ma vie, la télévision a déjà été étatisée deux fois : d'abord par les nazis pendant la guerre, puis par les communistes jusqu'en 1989. Et aujourd'hui, le gouvernement se permet des choses qu'on ne peut accepter !", a déclaré à l'AFP Milan Kotal, venu manifester en famille.
Pour Petr Cekal, étudiant en architecture de 26 ans, "depuis plusieurs années déjà, les politiciens qui sont aujourd'hui au pouvoir s'en prennent aux médias publics et cherchent à restreindre la liberté de la presse en général. C'est assez alarmant".
Une nouvelle manifestation, que les organisateurs espèrent plus massive, a été annoncée pour le 15 novembre.
"Personne ne veut interférer avec les programmes ou la couverture de l'actualité", a assuré le Premier ministre sur le réseau social X.
"Leur financement sera au contraire plus stable, plus prévisible et mieux protégé qu'aujourd'hui. Les fonds seront garantis par la loi en tant que dépense obligatoire, de sorte qu'aucun gouvernement ne pourra les réduire arbitrairement en fonction de son appréciation ou non des programmes diffusés", a-t-il ajouté.
Le président Petr Pavel, régulièrement en désaccord avec M. Babis depuis le retour de celui-ci au pouvoir fin 2025, a estimé que "les médias de service public font partie des piliers fondamentaux de notre démocratie".
"On ne peut pas prendre des mesures précipitées qui seraient irréversibles", a-t-il écrit sur X.
La confiance dans les médias est faible en République tchèque, autour de 30 à 33 %, selon le Reuters Institute Digital News Report 2026.
"Les médias de service public restent les marques auxquelles on fait le plus confiance, malgré des tentatives croissantes de la part de divers acteurs politiques de saper leur crédibilité", souligne le rapport.
R.Buglione--LDdC