XV de France: Aaron Grandidier-Nkanang, "une immense fierté, au bout d'un chemin rempli de difficultés"
Six ans avant les JO de Brisbane 2032, un champion olympique sera sur la pelouse du Suncorp Stadium samedi, avec Aaron Grandidier-Nkanang, couronné en rugby à VII à Paris. Première cape à XV chez les Bleus, pour l'ailier de Pau, et "immense fierté, au bout d'un chemin rempli de difficultés".
"Je ne réalise toujours pas", concède le jeune homme de 26 ans, assis dans le vertigineux lobby de l'hôtel de l'équipe de France, à 48 heures d'affronter les Wallabies, revenant, auprès de l'AFP, sur les méandres d'une carrière rêvée dès la petite enfance à Londres, où il est né.
"Le chemin a été long, il a été atypique, il a été rempli de difficultés, de belles choses également. C'était vraiment mon objectif depuis le début de ma petite carrière de rugbyman, être international de rugby à XV. Et forcément, l'idée au début c'était de jouer pour la Rose !"
Ambitieux, l'adolescent délaisse vite le basket pour le ballon ovale, qu'il a découvert à la Saint Olave's Grammar School, avant de décrocher une bourse pour la Saint Mary's University, à côté de... Twickenham.
Et ses qualités le mènent effectivement au maillot blanc anglais, à VII. Mais rien du côté du XV, Et c'est le CA Brive qui récupère ce rugbyman mal dégrossi de 19 ans.
"Cinq ans un peu compliqué", lâche-t-il. Il ne réussit pas à s'imposer, et c'est l'équipe de France à VII qui le remet en selle, jusqu'à ce couronnement au Stade de France, contre les maîtres fidjiens, à côté d'un certain Antoine Dupont. Un essai en prime.
"Sans le VII je ne serais pas là aujourd'hui", reconnaît-il. "Mais moi, après les JO, le but c'était de me consacrer pleinement au XV. Avec un objectif en tête, viser une cape en équipe de France... Et aujourd'hui j'en suis là ! Je suis trop fier !"
- "Choc culturel" et rugbystique -
Et c'est la Section qui saisit l'occasion: "J'ai eu la chance d'avoir Seb (NDLR: Sébastien Piqueronies, le manager béarnais) qui m'a proposé de venir à Pau".
Mais le retour à XV est compliqué. "Le club m'attendait sur les ballons hauts, et au début, clairement, j'ai été très très nul. Ah oui, très très nul. C'est là où je veux remercier le staff de la Section. Ils ne m'ont pas lâché. Dans certains clubs, j'aurais peut-être été mis de côté. Eux, ils m'ont donné ma chance".
Et comme le constate Piqueronies, le nouveau capé des Bleus a retrouvé son "super pouvoir" sur les ballons aériens, du haut de son 1,87m pour 94 kg.
Désormais acclimaté au XV, le jeune Londonien passionné de mode, de musique et de design s'est aussi fait à la vie en province. Même si, au départ, "Londres-Brive, waouh ! Ca a été un gros choc culturel !"
Après la Corrèze, c'est donc les Pyrénées. Et une nouvelle passion, le golf. En attendant que l'autre Aaron, "Aztec", le DJ, retrouve ses platines: "Avec ma compagne, on a rénové une maison. Et j'ai une pièce dédiée à la musique, j'ai tout pour mixer, pour créer. Guitare, piano, synthétiseurs, j'ai tout. Aztec, il est toujours là, quelque part".
Mais Aaron Grandidier-Nkanang, c'est aussi ce deuxième nom, celui de son père, d'origine nigériane. "C'est volontaire de porter tout mon héritage", explique-t-il, heureux d'avoir découvert ce pays en avril, "pour un projet en lien avec le rugby forcément, la mode, la musique et la nourriture", avec un documentaire à venir.
En attendant, le rugby est prioritaire. Et il veut encore progresser: recordman français à VII, avec 11 essais en un week-end de compétition, l'ailier palois n'est pas encore un serial marqueur à XV: "Le nez d'un finisseur, sentir les coups, c'est quelque chose qui me manque un petit peu. Et la confiance de prendre des risques, de jouer mes duels à fond".
Mais, en regardant le chemin parcouru, le nouvel ailier du XV de France est surtout fier: "Ca a été long, très long. Mais pour moi, ça a été juste une conscience permanente que je méritais, que j'avais les capacités de jouer au plus haut niveau. Même quand ça ne marchait pas bien, c'est ça qui m'a permis de ne rien lâcher. Donc voilà !"
M.Magrino--LDdC