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Zhu Rongji, ex-Premier ministre fer de lance des réformes économiques chinoises
Zhu Rongji, ex-Premier ministre fer de lance des réformes économiques chinoises / Photo: Frederic J. BROWN - AFP/Archives

Zhu Rongji, ex-Premier ministre fer de lance des réformes économiques chinoises

Zhu Rongji, Premier ministre chinois de 1998 à 2003 décédé mercredi selon les médias d'Etat, fut l'avocat de politiques de privatisation et l'artisan de réformes qui ont contribué au formidable essor de son pays et son intégration dans l'économie mondiale.

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Zhu Rongji est né à Changsha (centre) en 1928 alors que le pays est en proie à la guerre civile, et la rumeur fait de lui un descendant de l'empereur fondateur de la dynastie Ming. Il adhère au Parti communiste en 1949, année où Mao Zedong proclame la création de la République populaire.

Travaillant à la planification économique, il est atteint par une première purge lors de la "Campagne des cent fleurs" dans les années 1950, pour ses critiques contre les politiques économiques de Mao.

Gracié, il est à nouveau écarté au cours de la Révolution culturelle lancée en 1966 et est envoyé en exil à la campagne.

Il est finalement réhabilité après la mort de Mao (1976). Il travaille au ministère du Pétrole et à la Commission économique d'État, avant d'être repéré par le dirigeant Deng Xiaoping.

En 1988, il devient maire de Shanghai, poumon économique du pays. Il défend avec ferveur les réformes économiques, appelant à ce que les entreprises d'Etat soient autorisées à "nager par elles-mêmes dans les marchés".

- "Gorbatchev chinois" -

Zhu Rongji est nommé vice-Premier ministre en 1991, sous Jiang Zemin, alors secrétaire général. Il est alors surnommé le "Mikhaïl Gorbatchev chinois", en référence au dirigeant de l'Union soviétique.

Il est considéré comme un des principaux artisans de l'"atterrissage en douceur", la réduction de l'inflation sans récession, après une période de forte croissance.

Mais c'est en enfilant le costume de Premier ministre en 1998 qu'il forge sa réputation de défenseur intransigeant du libre-marché.

Il met en place un vaste programme de privatisation des entreprises d'Etat non rentables, qui garantissaient des emplois à vie mais plombaient les finances publiques.

Ces mesures ont entraîné des suppressions d'emplois chiffrées à des dizaines de millions en cinq ans, exacerbant les inégalités économiques.

Il supervise la privatisation du logement urbain, supprime les aides sociales de millions de travailleurs des villes, et encourage la propriété privée.

La Chine connaît un boom de l'immobilier et de la construction si puissant que le secteur représentait encore un quart de l'économie chinoise avant d'être frappé en 2020 par une crise dont les effets se font toujours sentir.

Zhu Rongji est aussi reconnu pour avoir permis à la Chine d'éviter le pire lors de la crise financière de 1997 en Asie.

Anglophone, il mène les négociations pour l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, une étape importante du passage historique de l'isolement à l'intégration dans l'économie internationale.

Il s'érige en farouche adversaire de la corruption : un ancien vice-gouverneur de province est exécuté pour avoir accepté des pots-de-vins, devenant le plus haut responsable condamné à mort pour de tels faits en cinquante ans.

Il institutionnalise la conférence de presse du Premier ministre à l'issue du grand rendez-vous politique annuel dit des Deux Sessions. Il s'y signale par son style direct et son humour sarcastique.

Lors de sa première conférence de presse, il promet d'affronter "une multitude de champs de mines et des précipices de 30.000 mètres de profondeur" pour mener à bien la réforme.

- "Boss Zhu" -

Une fois à la retraite, "Boss Zhu" publie de nombreux recueils de discours traitant de réformes économiques et est classé parmi les grands philanthropes du pays.

Sa vision de la réforme, qui a sorti des millions de personnes de la pauvreté tout en accentuant les inégalités, est passée de mode avec l'accession au pouvoir de Xi Jinping en 2012.

M. Xi condamne le capitalisme débridé et privilégie un modèle de développement plus équilibré s'accommodant mal des manifestations excessives de richesse.

Sur la forme, l'expression franche des officiels sous M. Zhu a cédé la place à une parole bien plus contrôlée.

L'ancien Premier ministre s'est opposé en 2022 à la direction actuelle et à la concentration du pouvoir entre les mains de Xi Jinping, a écrit le Wall Street Journal.

"J'espère seulement qu'après mon départ, les gens à travers tout le pays diront: +C'était un fonctionnaire honnête, pas un fonctionnaire corrompu+, et cela me suffira amplement", avait déclaré Zhu Rongji à un journaliste danois alors qu'il était encore en fonctions.

"S'ils se montrent un peu plus généreux et disent que +Zhu Rongji a accompli certaines choses concrètes+, j'en remercierai le ciel".

F.Gionfriddo--LDdC