La Domenica Del Corriere - Aux Comores, les habitants lassés devant leurs robinets à sec

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Aux Comores, les habitants lassés devant leurs robinets à sec
Aux Comores, les habitants lassés devant leurs robinets à sec / Photo: Ibrahim YOUSSOUF - AFP/Archives

Aux Comores, les habitants lassés devant leurs robinets à sec

Comme de nombreux habitants de Moroni, Ben Joma, 86 ans, laisse ses robinets d'eau ouverts jour et nuit: il ne risque pas d'inondation car l'eau ne vient qu'une fois tous les 15 à 20 jours, pendant une heure et en un mince filet.

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"Quand l'eau est là, on s'appelle (entre voisins) pour se prévenir afin de remplir tous nos récipients", raconte cet imprimeur à la retraire au regard malicieux, rencontré par l'AFP dans son quartier de Zilimadjou de la capitale comorienne.

Canalisations d'eau fuyardes, poches d'air dans un réseau sous-dimensionné, manque d'électricité pour alimenter la principale station de pompage, les raisons sont nombreuses pour expliquer la crise de l'eau que vivent au quotidien les 150.000 habitants de la capitale de l'archipel des Comores.

"C'est une grande souffrance", lâche l'octogénaire, qui vient de se faire livrer 1.000 litres d'eau pour l'équivalent de 25 euros, une somme dans un pays où 45% des 870.000 Comoriens vivent sous le seuil de pauvreté, d'un peu plus de 100 euros par mois, selon l'Institut national de la statistique.

Son fournisseur habituel, Chaher Omar, s'est reconverti il y a trois ans dans le business de la distribution d'eau aux particuliers.

Tous les jours entre minuit et 02H00 du matin, à bord de son minibus, il fait partie de la cohorte de camions-citernes, de bus et de motos qui patientent pour faire le plein d'eau à la station de pompage de Vouvouni, qui fournit l'eau de Moroni, à quelques kilomètre de là.

"Il y a des jours où je repars sans avoir rempli mes bidons et ma citerne de 1.000 litres. Pourtant, la demande est très forte car c'est la saison sèche", regrette cet homme de 45 ans au visage buriné.

Ce jeudi est un jour de chance. Il a pu remplir son minibus et faire sa tournée auprès de clients impatients à Moroni.

- "La vie aux Comores, ça va" -

Dans le sud de Moroni, Kaouthara Bouchrane, 38 ans et mère de quatre enfants, se bat elle-aussi au quotidien pour trouver de l'eau.

Elle se réveille bien avant la prière de l'aube pour faire la queue devant un des rares points d'eaux communaux encore en service dans son quartier, dans l'espoir d'y remplir ses bidons jaunes gratuitement.

Elle fait pourtant partie des abonnés de la Société nationale d'exploitation et de distribution des eaux (Sonede) sur Grande-Comore, la plus importante île de l'archipel de l'océan Indien. Mais ses tuyaux sont secs depuis plusieurs mois.

"J'aimerais que nos autorités trouvent une solution face aux pénuries d'eau. Si je ne trouve pas d'eau à cette pompe, je suis obligée d'en acheter. Avant le bidon coûtait 30 centimes d'euros, maintenant il est à 50 centimes. Comment s'en sortir ?", déclare-t-elle.

En un sens, Kaouthara a de la chance. La pompe de son quartier est située à quelques mètres de chez elle. Dans la partie nord de Moroni, il n'y a aucun point d'eau fonctionnel et les habitants sont contraints de faire appel à des vendeurs comme Chaher.

Non loin, dans une autre file d'attente, une femme ironise: "La vie aux Comores, ça va, on vit mieux qu'en France", en référence aux récents propos du président Azali Assoumani dans une interview à France 24.

- Vétusté et poches d'air -

Pour expliquer cette crise de l'eau aux Comores, Bakri El Yahya, chef de mission au sein d'un projet de renforcement de la gouvernance du secteur de l'eau (Progeau), rembobine le film des événements: "A la conception de la station de pompage à la fin des années 1970, Moroni comptait 35.000 habitants. Elle compte selon les dernières statistiques 150.000 habitants".

"Vient s'ajouter la vétusté du réseau qui comporte de nombreuses fuites. La moitié de l'eau qui est pompée revient à la terre parce qu'elle n'arrive pas chez le client", ajoute le représentant du projet, financé par l'Agence française de développement à hauteur de 6,5 millions d'euros.

Vient s'ajouter une fourniture électrique insuffisante. Résultat, la "station de pompage ne fonctionne qu'environ dix heures par jour".

Côté Sonede, on met en avant des mesures de court terme pour améliorer la situation, comme d'évacuer les "poches d'air" qui empêchent la bonne circulation de l'eau dans le réseau alimentant Moroni.

Surtout, souligne le directeur technique Abdillah Mze Ali, un projet d'envergure devrait voir le jour d'ici quatre ans, financé à hauteur de 20 millions de dollars (17,5 millions d'euros) par la Banque mondiale.

Le projet prévoit "de nouveaux forages, le renouvellement de l'ensemble du réseau de Moroni et la construction de deux grands réservoirs de stockage".

En attendant, Kaouthara continuera de se lever à l'aube et de faire la queue, ses bidons à la main. Les habitants plus favorisés déboursent quant à eux 130 euros pour se faire livrer 12 m3 d'eau.

F.Epifano--LDdC