L'Iran menace d'une "lourde riposte" après l'attaque de ses pétroliers
L'Iran a menacé samedi soir de s'en prendre à des intérêts américains dans la région en cas d'attaque de sa marine marchande, au lendemain de frappes contre deux de ses pétroliers, alors que les Etats-Unis attendent toujours la réponse de Téhéran à ses dernières propositions.
"Toute attaque contre des pétroliers et navires commerciaux iraniens entraînera une lourde riposte contre l'un des centres américains dans la région ainsi que contre les navires ennemis", ont averti les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de Téhéran.
"Des missiles et des drones sont braqués sur l'ennemi et nous attendons l'ordre de tir", a ajouté le commandant de la marine des Gardiens, le général Majid Mousavi, selon des propos rapportés par l'agence de presse Isna et la télévision nationale Irib.
Un mois après le cessez-le-feu intervenu dans la guerre entre l'Iran et les alliés israélo-américains, ces menaces surviennent aussi au lendemain d'attaques des Etats-Unis contre deux pétroliers iraniens dans le Golfe d'Oman.
L'armée américaine, qui impose depuis le 13 avril un blocus des ports iraniens, a annoncé avoir "neutralisé" par voie aérienne les deux bâtiment dans cet accès au détroit d'Ormuz, par lequel transite en temps normal un cinquième du pétrole consommé dans le monde.
Une source militaire iranienne a indiqué que Téhéran avait répliqué. La République islamique a par ailleurs dénoncé auprès de l'ONU une "violation flagrante" de la trêve.
Si les navires ne transportaient pas de cargaison selon l'armée, les images diffusées par le commandement militaire américain pour la région (Centcom) montrent d'épaisses colonnes de fumée s'échappant des postes de pilotage.
- Sérieux? -
L'Iran bloque le détroit d'Ormuz depuis le début de l'offensive israélo-américaine le 28 février, perturbant gravement l'économie mondiale.
Les accrochages navals entre Washington et Téhéran se sont multipliés depuis le début du mois, alors que les négociations semblent au point mort dans l'attente d'une réponse iranienne à des propositions américaines.
Donald Trump s'attend à recevoir une réponse "très bientôt", a rapporté samedi la chaîne de télévision LCI, après un bref entretien avec le président américain. Il avait déjà dit la veille s'attendre à recevoir "une lettre" en soirée.
L'Iran a mis en doute samedi le sérieux de la diplomatie américaine dans les tractations pour trouver une issue au conflit au Moyen-Orient, qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.
"L'escalade récente des tensions par les forces américaines et leurs multiples violations du cessez-le-feu renforcent les soupçons sur la motivation et le sérieux de la partie américaine sur la voie de la diplomatie", a déclaré le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi.
- Baril à 100 dollars -
Les derniers accrochages entre Téhéran et Washington ont fait flamber les cours du pétrole: le baril de Brent de la mer du Nord a terminé la semaine une nouvelle fois au-dessus de 100 dollars.
Le Royaume-Uni a annoncé samedi qu'il allait "prépositionner au Moyen Orient" un destroyer actuellement en Méditerranée, en prévision du déploiement d'une future mission internationale de sécurisation du transport dans le détroit d'Ormuz, une initiative codirigée avec la France.
Selon des images satellites, une nappe de pétrole d'une cinquantaine de kilomètres carrés a été détectée dans le Golfe au large de l'île iranienne de Kharg, principal terminal pétrolier par lequel transite en temps normal 90% du brut d'Iran.
Selon l'Observatoire des conflits et de l'environnement, une ONG basée au Royaume-Uni, la nappe s'est toutefois "fortement réduite" samedi.
"Il n'y aucune information officielle sur des fuites de pétrole près de l'île de Kharg", a assuré le dirigeant de la commission parlementaire iranienne sur l'énergie.
- Morts au Liban -
Au moins huit personnes, dont une fillette, ont été tuées dans des frappes israéliennes sur le sud du Liban samedi, selon les autorités.
En réponse à la "violation du cessez-le-feu", le Hezbollah a déclaré avoir visé l'armée dans le nord d'Israël avec un drone. Un réserviste de l'armée a été grièvement blessé, selon Israël.
Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en relançant ses attaques sur Israël, en soutien à l'Iran. Les frappes israéliennes au Liban ont fait 2.750 morts, selon le ministère de la Santé.
De nouvelles discussions entre les deux pays voisins - toujours techniquement en état de guerre - sont prévues à Washington les 14 et 15 mai. Le Hezbollah s'y oppose.
burs/bar/dth
V.Tedeschi--LDdC